← Toutes les histoires
Mon Emballage · Kinshasa

Dorcas Chikand

« On doute, puis on se relève, et on avance. »

Dorcas, fondatrice de Mon Emballage, dans son atelier à Kinshasa.

Sur une étagère, chez Dorcas, il y a une vieille boîte de colle blanche. Le produit a expiré depuis longtemps, mais elle refuse de la jeter. « C’est avec ça que j’ai commencé. »

Cinquième d’une famille de sept enfants de Kinshasa, Dorcas était l’enfant sage par excellence, polie, appliquée, brillante à l’école, mais aussi la plus curieuse de la fratrie, celle qui parlait à tout le monde et voulait tout comprendre. Sa passion d’alors, c’est la pâtisserie, et son père l’encourage à sa manière, en lui rapportant des ustensiles de chaque voyage, jusqu’à un blender d’Afrique du Sud. Un jour, une cliente lui fait remarquer que son gâteau est délicieux mais que l’emballage ne suit pas. La remarque la pique, et c’est cette piqûre qui va tout déclencher.

Elle cherche, et tombe sur une vidéo d’emballages en papier kraft, dans une langue qu’elle ne comprend pas, de l’espagnol ou du portugais. Peu importe, les mesures sont à l’écran, et un centimètre reste un centimètre dans toutes les langues. Restait à trouver la matière première, introuvable quand on ne sait pas où chercher. C’est un commerçant du marché, que tout le monde appelle papa Mbutu, qui lui ouvre la porte. Il la reçoit, l’écoute, lui montre les papiers, les outils, la bonne colle, puis lui laisse son numéro en lui disant de revenir quand elle veut. Elle achète son premier mètre de kraft, rentre en moto, trace, coupe, colle. Le premier sac est raté. Son frère l’aide à couper le suivant, et celui-là tient. Mon Emballage est né ce jour-là, même si le nom viendra plus tard.

Arrive alors une première commande, cinquante emballages, et avec elle une leçon qu’aucune vidéo n’enseigne, celle du capital de départ. Son père lui confie vingt dollars, et la commande lui prend plus d’une semaine, car au même moment elle entre à l’université. Quatre ans durant, elle mène cette double vie, les cours d’informatique le matin, la production le soir. Chez elle, la règle est claire, les études d’abord. Mais le soutien ne faiblit jamais, et en quatre ans, ses parents n’ont pas touché à un franc de ce qu’elle a gagné. L’équipe d’Ovation l’a croisée plusieurs fois sur ce chemin, aux Innovation Days notamment, toujours en train de défendre son projet avec la même énergie.

Aujourd’hui, Dorcas avance vers son indépendance avec la lucidité qui la caractérise. Elle s’estime autonome à soixante pour cent et s’est donné quatre ans pour conquérir le reste. Au bout du chemin, elle voit une usine de production, de nouveaux produits, des employés. Sa plus grande crainte n’est pas l’échec, c’est de voir passer une opportunité sans la saisir. Le doute, lui, ne l’inquiète plus. « Je ne connais personne qui s’est lancé sans douter. On doute, puis on se relève, et on avance. » Le dimanche, elle chante dans la chorale de son église, où elle encadre les enfants. La petite fille sage n’a pas disparu, elle a juste appris à plier le papier.

Ce qu’on retient du parcours de Dorcas, c’est qu’un rêve d’entrepreneure peut éclore au sein d’une famille africaine qui protège ses filles, à condition que la confiance circule dans les deux sens. Ses parents ont posé un cadre, elle l’a honoré, et ils lui ont laissé construire le sien. Elle en a fait une promesse pour toutes celles qui hésitent encore. Croire en soi d’abord, se former, rencontrer les bonnes personnes, et ne pas trop écouter ce que les autres disent de vous. Le reste, c’est du papier qu’on apprend à plier.

← Découvrir d'autres histoires